"Un monde créole. Vivre aux Antilles au 18ème siècle"

Rencontre avec le professeur Erick Noël mardi 20/11

 Mardi 20 novembre à 18h, la BU du campus de Schoelcher vous invite à la présentation de l'ouvrage collectif  "Un monde créole. Vivre aux Antilles au 18ème siècle" (2017), par le professeur Erick Noël (UA), qui en a assuré la direction scientifique.

 1- L’installation sur les îles ; 2- La société d’habitation ; 3- Un monde à l’épreuve des révolutions : ainsi découpé en trois grandes parties, le plan de cet ouvrage a pour effet de mettre en relief combien, pris en étau entre le 17ème – période des colonisations- et le 19ème- temps des abolitions-, le 18ème siècle fait figure de point de jonction, de période charnière dans l’histoire des Antilles Françaises. Loin de l'essai d'histoire évenementielle, ce livre richement illustré, nourri des contributions des meilleures spécialistes, s'attache à restituer ce que fut, sous le double magistère du pouvoir royal et des compagnies commerciales, la vie sociale, culturelle, économique, domestique de la société créole antillaise à cette époque.

En préambule, appuyons-nous sur les termes d’un des contributeurs, Bernard Gainot, quant à l’acception du mot « créole » (p.52) : « Il désigne tantôt un groupe humain d’ascendance spécifique (toute personne née aux Antilles, dont les parents sont originaires d’un autre continent), tantôt la langue parlée par une personne appartenant à ce groupe humain. Etymologiquement, l’individu créole se définit par opposition tant à l’indigène qu’avec le migrant, volontaire (cas des Européens nés en métropole) ou forcé (c’est le cas des Africains). Il et souvent compris de façon restrictive comme s’appliquant à une personne d’ascendance européenne. Toutefois le groupe humain se définit également par sa langue (…) C’est la dominante culturelle, et non la dominante idéologique, qui définit l’identité créole."...

Cette publication, accessible à des publics non universitaires, fait suite à l’exposition éponyme organisée au musée du Nouveau Monde de La Rochelle du 12 janvier au 23 avril 2018. Elle réunit, sous la co-direction scientifique d’Annick Notter et Érick Noël, près de vingt auteurs- chercheurs, enseignants-chercheurs-, parmi lesquels Frédéric Régent, Marcel Dorigny ou encore Christelle Lozère, notre collègue historienne de l'UA. La 4ème de couverture est disponible sur le site de l'éditeur. 

Entrée libre et gratuite, venez nombreux !

 

Sur le sujet

Persée - archives de revues en SHS (accès libre)

Regourd François. Lumières coloniales. Les Antilles françaises dans la république des lettres. In: Dix-huitième Siècle, n°33, 2001. L'Atlantique, sous la direction de Marcel Dorigny . pp. 183-200.

L'historiographie fait peu de cas, pour le 18e siècle, de l'histoire culturelle des espaces coloniaux. Au mieux trouve-t-on dans les grandes synthèses d'histoire coloniale parues dans les années 1980 et 1990, quelques maigres pages évoquant sans grand effort de nuance une mentalité stéréotypée de créoles matérialistes et débauchés, indifférents à la vie de l'esprit, inaptes à la moindre activité intellectuelle qui ne soit pas porteuse d'un profit immédiat. L'Histoire des Antilles, parue en 1984 sous la direction de P. Pluchon, donne le ton : «Le milieu créolev a choisi de vivre sous la loi des affaires et du libertinage. A la connaissance désintéressée, à la réflexion, à la conversation, il préfère les préoccupations utilitaires, la danse, les plaisanteries grasses, les potins et la gloutonnerie sexuelle. » — «Pas de journaux en dehors des gazettes utilitaires [...]. Peu de livres, bien entendu : ils se conservent mal aux Antilles et l'on préfère les activités mondaines »

Mauro Frédéric. À Saint-Domingue au XVIIIe siècle. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 3ᵉ année, N. 4, 1948. pp. 532-536.

Au départ, les engagés. Riches et pauvres prennent le chemin des îles. Ceux-ci plus nombreux, évidemment, que ceux-là. Ainsi de 168З à 1716, au départ de La Rochelle. Mais ne croyez pas que l'on émigré alors dans toutes les directions à la fois. Un pays fait toujours prime sur les autres. Jusque vers 1680, le Canada. De 1680 à 1716, Saint-Domingue. Ensuite, mais ensuite seulement, les autres Antilles. En ces années où Saint-Domingue attire l'émigrant, le gros des voyageurs misérables est fourni par les « engagés ». Sans ressources ni crédit, ne pouvant payer les frais de sa traversée, l'engagé signe avec un « passeur » ou « engagiste », qui consent à faire les avances du voyage, un contrat par lequel il « s'engage » à le servir aux colonies pendant trois ans...

Mam Lam Fouck Serge. Les sociétés créoles des départements français d'Amérique et le fait esclavagiste : une laborieuse reconnaissance. In: Journal des africanistes, 2000, tome 70, fascicule 1-2

En dépit d'un contexte historique où les rapports sociaux et les relations interethniques affichent plus que des nuances, les sociétés créoles de la Guyane et des Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe) ont établi sensiblement le même type de rapport au fait esclavagiste. Issues du système esclavagiste colonial français, les communautés créoles de ces pays ont, depuis l'abolition de l'esclavage de 1848, fait le choix de l'assimilation politique à la France et adopté la stratégie de l'oubli de l'oppression esclavagiste au profit d'affirmations identitaires qui survalorisaient la culture française. Le choix des classes dirigeantes guyanaises et antillaises alors dominées par l'élite créole s'est imposé à l'ensemble des sociétés guyanaise, martiniquaise et guadeloupéenne au point que le projet d'intégration à la République française rencontre une adhésion quasi unanime en 1946. Mais de nouveaux courants idéologiques et politiques qui remettent en question l'assimilation s'affirment, de la décennie qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Ils ne sont pas sans effets sur le regard que posent sur eux-mêmes Antillais et Guyanais...

OpenEdition - revues en SHS (libre accès)

Georges Daniel Véronique, « Émergence des langues créoles et rapports de domination dans les situations créolophones », In Situ [En ligne], 20 | 2013,

Le premier événement démographique décisif du développement colonial4 se produit quand les esclaves — esclaves « bossales » et esclaves « créoles » nés aux îles — dépassent en nombre les maîtres « blancs ». Ce premier événement est à associer au début de l’économie de plantation, c’est-à-dire à l’extension des habitations due principalement à la culture de la canne à sucre. Ainsi, Saint-Domingue5 compte, vingt-six ans après la fondation de la colonie, 2 102 esclaves noirs pour 4 400 blancs, alors que vingt-huit ans plus tard, en 1713, la population noire a été multipliée par 10 et s’élève à 24 146 pour 5 509 blancs. La population servile ne cessera de croître tout au long du XVIIIe siècle pour atteindre 462 000 personnes à la veille de la Révolution française ; la population blanche est alors composée de 30 801 personnes, auxquelles s’ajoutent 24 843 libres, de toutes complexions.

CAIRN - revues en SHS (accès usagers UA)

Hébrard, Jean. « Les deux vies de Michel Vincent, colon à Saint-Domingue (c. 1730-1804) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. 57-2, no. 2, 2010

Dans quelles intentions est-il parti ? Nous ne le savons pas, pour l’instant, mais nous pouvons rapprocher son cas de celui des jeunes gens qui firent le même voyage – près de mille chaque année vers Saint-Domingue – et qui agacèrent prodigieusement la société blanche déjà installée par la légèreté avec laquelle ils entreprenaient le voyage, fascinés par la promesse d’un rapide enrichissement. L’avocat Michel-René Hilliard d’Auberteuil exerçant au Cap, le port où arrivent beaucoup des nouveaux immigrants, s’en fait l’écho dans ses Considérations sur l’état présent de la colonie française de Saint-Domingue parues à Paris en 1776 : « « On souffre que cinq cents sujets qui doivent être précieux à la France, viennent tous les ans, sans état, sans emploi, souvent sans aptitude, ou avant l’âge qui développe le germe des talents, languir ou périr dans la colonie ; on ne s’occupe point à les retirer de la misère où les plonge une démarche inconsidérée. Toujours il en arrive, et tous sans destination, sans objet »...

Boudon, Julien. « L'esclavage de la Révolution à l'Empire », Droits, vol. 53, no. 1, 2011,

Lorsque l’on étudie l’esclavage sous la Révolution, le Consulat et l’Empire (et non « sous la Révolution et l’Empire »), on s’aperçoit que les motifs « impurs » ne sont pas le monopole de Bonaparte ; les révolutionnaires ont accepté l’abolition de l’esclavage de façon tardive et au nom d’arguments sans rapport avec la condition des Noirs dans les colonies. Dans les deux cas, il faut que l’ordre règne et que les autorités locales se rallient au régime en place : le commerce redeviendra florissant, tandis que la France maintiendra une présence stratégique au cœur des Amériques, permettant, dans l’immédiat, de contrer l’influence espagnole et surtout anglaise, puis d’envisager une politique américaine ambitieuse.

Manioc -Bibliothèque numérique Caraïbe-Amazonie

"Les représentations du Noir dans la littérature, l'histoire et les arts européens et américains des XVIIIe, XIXe et début XXe siècle" : Colloque pluridisciplinaire, les 27 - 28 février et 1er et 2 mars 2013. Université des Antilles et de la Guyane. Vidéo. Intervention de F. Régent.

Le corpus d'analyse sera constitué de récits de voyageurs et de propriétaires d'esclaves. Les récits de voyage sont d'abord écrits par les missionnaires jusqu'au début du XVIIIe siècle, puis par des voyageurs et des abolitionnistes. Il s'agira d'analyser la manière dont les femmes esclaves noires sont représentées par leur maître.

Quel fut à la Rochelle l'impact de la Déclaration royale de 1777 sur la Police des Noirs ?. Video. Intervention d’Olivier Caudron. "La révolution française et les Colonies" : Grand Séminaire, les 17 et 18 mai 2016. Université des Antilles

Menés dans le cadre de la préparation du troisième volume du Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne (sous la direction d'Erick Noël, éd. Droz), le recensement et l'étude de la population de couleur du port négrier de La Rochelle, en croisant divers types de sources, permettent de tenter une approche assez fine de la situation concrète des « Noirs, mulâtres et autres gens de couleur » à la veille et au début de la Révolution française.

Thèses.fr (thèses en ligne)

Les libres de couleur face au préjugé : franchir la barrière à la Martinique aux 17è et 18è siècles. Jessica Pierre-Louis, Thèse de doctorat en histoire, UAG, 2015

À la Martinique au XVIIIe siècle, les « libres de couleur », qu’ils soient nés libres ou affranchis, noirs ou métis, forment une catégorie juridique distincte des Blancs et des esclaves. L’étude comparée, avec les territoires espagnols ou anglais, montre qu’aucune réglementation légale n’a officialisé un passage de la catégorie Libre de couleur à celle de Blanc dans les colonies françaises de la fin du XVIIe siècle à la Révolution française. Aussi, cette thèse se propose de montrer les processus officieux qui ont permis à certaines personnes – les « assimilés » – de franchir la barrière de couleur.

Histoire générale des Antilles. Tome quatrième et premier de la deuxième série. Adrien Dessalles, 1847- Livre numérisé

 

En rayon à la BU

 

 

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Un Monde Creole - Vivre aux Antilles au XVIIIe Siecle
Musée du Nouveau Monde
Éd: Geste
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Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne
Erick Noël
Éd: Librairie droz
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Etre noir en France au XVIIIe siècle
Erick Noël
Éd: Editions tallandier
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La France et ses esclaves
Frédéric Regent
Éd: Fayard/pluriel
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Libres et sans fers. Paroles d'esclaves
Bruno Maillard, Gilda Gonfier
Éd: Fayard
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Histoire des Antilles Françaises et développement de la société créole
Georges Haurigot Edmond du Hailly
Éd: Editions le mono
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Histoire de Saint-Domingue - Haïti
François Blancpain
Éd: Ibis rouge
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