Décolonisons les arts !

Rencontre-débat avec Gerty Dambury et Patricia Donatien

Aux côtés de la chercheuse Françoise Vergès et de la comédienne Leïla Cukierman, Gerty Dambury, dramaturge et romancière, a co-dirigé un ouvrage collectif dont le titre est à lui seul un manifeste : Décolonisons les arts ! (Ed. L'Arche, 2018). G. Dambury sera l'invitée d'une conférence à la BU du campus de Schoelcher mardi 26 mars, 18h45, où elle dialoguera avec Patricia Donatien, professeure des universités (UA), spécialiste de littérature et d'art caribéens. Cette rencontre est réalisée en partenariat avec ETC Caraïbe

 S’appuyant sur les témoignages et récits d’expériences d’une douzaine d’artistes français issus, selon une terminologie topique venue du Canada, des « minorités visibles », ce livre interroge la place –ou plutôt la non-place- qui leur est faite, en vertu d’héritages culturels et intellectuels pesants, tant dans les perspectives d’accession à des postes de haute responsabilité dans les institutions publiques de ce secteur d'activité, que dans les possibilités d'accéder à des rôles qui ne les confinent pas dans des emplois subalternes de troisième zone en raison de leurs origines. Cinéma, arts plastiques, théâtre, danse... : c’est l’ensemble des acteurs du spectre artistique qui porte témoignage dans cet ouvrage ; le site de littérature Babelio vous présente le nom de tous les contributeurs.

Non sans se heurter à certaines critiques (cf *), les courants post-colonial et décolonial émergent ainsi depuis quelques années, à la manière d’un retour de flamme, dans un nombre croissant de sphères de réflexion ou de milieux professionnels jusqu’alors épargnés par ces interpellations de l’Histoire et du temps présent. Les travaux de Patricia Donatien, artiste et universitaire, comme ceux de Françoise Vergès, participent de cette réflexion critique et salutaire pour une évolution des regards et des esprits. Décoloniser les arts , dont s'inspirent le titre et le propos du livre, est le nom d'une association créée en 2015. Françoise Vergès en est la présidente. 

 

Entrée libre et gratuite, venez nombreux ! 

 

Sur le sujet

 

  • Décoloniser les arts

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  • Manioc - Bibliothèque numérique Caraïbe-Amazonie (accès libre)

L'Atelier 45 Éveil de la conscience noire. Vidéo. Intervention de Patricia Donatien."Rendre hommage à l'Atelier 45" : Conférence le 15 octobre 2016. Université des Antilles

Universitaire, Patricia Donatien est aussi artiste peintre. Elle explique que lorsque l'Atelier 45 est créé par de jeunes artistes martiniquais au lendemain de la deuxième guerre mondiale c'est dans le tumulte d'une prise de conscience mondiale de l'emprise coloniale sur les nations et sur les peuples non européens. C'est en réaction à cette domination économique, politique et culturelle que de nombreux mouvements se forment aussi bien en Inde, en Afrique que dans la Caraïbe

« L'art caribéen, le penser pour le dire : réflexions autour de la littérature, des arts visuels, de la musique et de la danse ». Vidéo. Intervention de P. Donatien. Présentation détaillée de l’ouvrage du même nom, 11 mai 2018. Université des Antilles

Lorsque la rue parle : le délire comme contre-pouvoir dans la sphère carnavalesque. Vidéo. Intervention de P. Donatien. "Créations, pouvoir et contestation en Caraïbe" : Journée d'études, le 26 février 2015. Université des Antilles et de la Guyane

  Comment le carnaval martiniquais propose un contrepouvoir ? Comment s'oppose-t-on au pouvoir dans un espace où la domination a longtemps été la règle ?

L'exhibition de l'altérité dans le patrimoine, le cinéma, le spectacle vivant : enjeux, limites et perspectives des spectacles exotiques d'hier et d'aujourd'hui. Vidéo. Interventions de Martial Poirson et Karine Bénac-Giroux. "Les représentations du Noir dans la littérature, l'histoire et les arts européens et américains des XVIIIe, XIXe et début XXe siècle" : Colloque pluridisciplinaire, les 27 - 28 février et 1er et 2 mars 2013. Université des Antilles et de la Guyane.

L'objectif de cette conférence introductive est de mettre en débat, images de scène et iconographie à l'appui, les ambivalences structurelles des "spectacles exotiques" dans la culture française, depuis les "zoos humains" des expositions coloniales du début du XXe siècle jusqu'à leur remise en question dans différents spectacles et films à vocation à la fois artistique et politique au début du XXIe siècle en France.

 

  • CAIRN -Revues en SHS (accès UA)

Dambury Gerty, « Blanche, la scène française ! », Nectart, 2018/1

Incapacité à accueillir des artistes étrangers racisés, présence écrasante d’artistes blancs sur les plateaux… les préjugés restent tenaces dans le milieu artistique qui cultive le sentiment d’appartenance à une élite.

Bachelot Nguyen Marine, « Décoloniser son théâtre à tâtons », Tumultes, 2017/1

Autrice et metteuse en scène, j’ai longtemps considéré qu’il m’était déplacé de militer pour les combats qui m’importaient — le féminisme, l’antiracisme et leurs liens intersectionnels — au sein même de mon milieu professionnel, le théâtre. Ces questions demandaient à être traitées et travaillées avant tout dans mon écriture, dans mes textes et spectacles, comme matière artistique et politique. Ou sur le terrain des luttes sociales, dans des collectifs militants, des groupes féministes non mixtes où se mêlent des individus de diverses provenances — là où l’on n’est pas dans un « entre-soi » artistique…

*Barbéris Isabelle, « Dérives « décoloniales » de la scène contemporaine », Cités, 2017/4

En instaurant un Collège de la diversité à l’issu des Assises de la diversité (2015), la ministre de la Culture Fleur Pellerin entendait démontrer le souci national d’une meilleure « représentativité » de la culture publique française. Mais en l’absence de définition commune de la « diversité », ce terme apparaît comme un cache-misère qui a permis, au sein de la culture publique, le développement d’une conception racialisée de cette dernière.

*Barbéris Isabelle, « La racialisation de la culture : institutionnalisation de l’indigénisme au cœur de la République des arts », Cités, 2018/3

La racialisation publique des arts s’opère ainsi au nom de la bienveillance d’un système républicain (que l’indigénisme n’a de cesse de conspuer) soucieux, désormais maladivement, de signifier son « inclusivité ». Lorsque ce racialisme d’État se sera banalisé, c’est-à-dire lorsque nous ne serons plus exposés, à la télévision, dans les transports mais aussi dans les lieux d’art, qu’à des images racialisées, lorsque les artistes seront soumis à des lois, des règlements opérant une ségrégation ethnique des représentations, en premier lieu par la généralisation transhumaniste des quotas au monde de l’art, nous aurons vraisemblablement basculé pour de bon (et non de manière fantasmée) dans une culture raciste. Une culture raciste qui se sera imposée au nom de l’antiracisme

Chamoiseau Patrick, Larcher Silyane, « Les identités dans la totalité-monde », Cités, 2007/1 (n° 29)

Je crois que, lorsqu’on parle de la Martinique, on parle pour toutes les Amériques créoles, car, pour moi, nous sommes des Créoles américains. Il ne faut pas essayer d’appliquer à ces pays, surtout à la Martinique, les schémas de décolonisation que l’on a appliqués à des pays qui ont, je dirais, des cultures ataviques. Celles-ci sont des cultures très anciennes, qui ont des millénaires d’existence, un arrière-pays non seulement géographique mais aussi identitaire et culturel. Il est vrai que, lorsque ces pays ont commencé leur décolonisation, ils ont cherché tout ce qui avait été là avant les colonisateurs – la langue, les dieux, les traditions, etc. – pour les opposer à tout ce que les colonisateurs affirmaient comme étant des valeurs imposables à tous, des valeurs universelles…

Forté Lucie, « “Blacks” versus “Blancs” ? Une analyse des processus d’identification à l’œuvre chez les athlètes de haut niveau », Migrations Société, 2010/2

Dans un milieu caractérisé par des processus de naturalisation des compétences sportives qui se fondent notamment sur la diffusion de stéréotypes “raciaux”, l’auto-identification ou l’identification d’autrui sur la base de critères “raciaux” ou “ethniques” faisant notamment référence à la couleur de la peau est relativement fréquente et source de distinctions qui structurent le monde de la compétition athtlétique de haut niveau. Ainsi, des processus d’identification “Blacks” et “Blancs” structurent certaines formes d’opposition, voire de tensions au sein de l’équipe de France d’athlétisme….

Luste Boulbina Seloua, « La décolonisation des savoirs et ses théories voyageuses », Rue Descartes, 2013/2

Parler de décolonisation des savoirs c’est interroger les transferts de connaissance, la circulation des idées, et se demander ce que l’on a appris, ce que l’on apprend, ce qu’on peut apprendre d’autrui quel qu’il soit et d’où qu’il vienne. Le décentrement que cette attitude implique constitue une nouvelle révolution copernicienne. Dans cette révolution, les Européens ont à réaliser ce qui leur est offert par d’autres qu’eux-mêmes, non-Européens.

Price Sally, « Réflexions sur le dialogue des cultures au musée du quai Branly », Le Débat, 2008/1

Comment présenter des objets matériels dans une institution culturelle européenne à une époque où les réalités coloniales qui présidèrent à leur présence ont sombré, théoriquement du moins, dans le passé ? Par-delà l’ère du colonialisme triomphant, voire triomphaliste, comment un musée qui se veut progressiste et innovant au plan intellectuel résout-il le dilemme de la « bouteille noire » ? Comment les conservateurs du xxie siècle répondent-ils à la question provocante qui fut posée dans un précédent numéro de cette revue : « La consécration muséale de ces objets ne signe-t-elle pas de notre part l’incompréhension radicale [et parfois dédaigneuse] des cultures dont ces objets sont issus ? »

Quemener Nelly, « « Je suis pas raciste hein ! » Racisme et masculinité blanche dans le comique des années 1970-1980 », Le Temps des médias, 2017/1

Cet article s’attache à l’évocation des rapports sociaux de race dans la bouffonnerie des années 1970-1980 en France. Définie par une position d’extériorité par rapport aux sphères du pouvoir, cette bouffonnerie est le moyen d’une satire de la France populaire, à travers la moquerie à l’égard d’un Français moyen, incarnant un mélange de fierté nationale et de racisme…

Sanna Maria Eleonora, Varikas Eleni, « Genre, modernité et ‘colonialité’ du pouvoir : penser ensemble des subalternités dissonantes. Introduction », Cahiers du Genre, 2011/1

Contournant les ambiguïtés du post dans le postcolonial, qui risque de réaffirmer une vision linéaire du temps (ce qui vient après le colonialisme soit pour y mettre fin, soit pour le prolonger), la notion de colonialité du pouvoir élaborée par des penseurs des études subalternes, pour la plupart latino-américains (Quijano 1999 ; Dusssel 2000, 2003 ; Mignolo 2007), pose une question de nature épistémique. Elle vise l’hégémonie et l’autorité universelles des discours et des savoirs occidentaux et concerne aussi bien les anciens empires que les pays qui ne l’ont pas été, les métropoles comme les anciennes colonieS…

Trawalé Damien, « La reproduction sans encombre des rapports de race : le cas des gays noirs », Migrations Société, 2016/1

La race et le racisme font, en particulier en France, l’objet d’un déni puissant.  Ce déni est si puissant qu’il va même jusqu’à impacter le champ des études sur le racisme au sein duquel il est fréquent d’être confronté à des postures colorblind, aveugles à la race. En tant qu’homme quotidiennement considéré et traité comme Noir, ce genre de prises de position équivaut à un déni d’une dimension centrale de mon expérience, celle du racisme. Plus généralement, il contribue à favoriser la reproduction de ce phénomène en l’invisibilisant. Ce constat est assorti pour moi d’une frustration, celle d’avoir tant de peine à montrer ce qui m’apparaît intimement évident : le racisme, au même titre que les rapports de classe et de sexe, est un rapport social transversal et central dans la reproduction quotidienne de l’ordre social français.

Larcher, Silyane. « Troubles dans la « race ». De quelques fractures et points aveugles de l’antiracisme français contemporain », L'Homme & la Société, vol. 198, no. 4, 2015

À partir d’une analyse de la réception fin 2014 en France de l’installation-spectacle, Exhibit B, de l’artiste Brett Bailey, visant à dénoncer le racisme, cet article montre l’émergence d’une crise du concept d’antiracisme autant dans l’espace des mobilisations sociales et politiques que dans le champ académique français, en particulier parmi les chercheurs faisant de la « question noire » une clé décisive de la critique sociale du racisme. De façon paradoxale, « l’affaire Exhibit B » a mis en lumière combien une critique conséquente du racisme ne peut s’appuyer sur une interprétation étroitement descriptive de la ligne de couleur. Elle doit au contraire s’atteler à dévoiler les rapports de pouvoir et les logiques symboliques par lesquelles des individus sont produits in situ comme « Noirs » et « Blancs ».

 

  • OpenEdition – Revues en SHS (accès libre)

Éric Macé, « Des « minorités visibles » aux néostéréotypes », Journal des anthropologues [En ligne], Hors-série | 2007

Jusqu’en 1998, la télévision française était le reflet du modèle républicain français : au nom du principe d’égalité entre les individus, il convient d’être « indifférent aux différences », c’estàdire ne pas prendre en compte les différences entre les individus et les groupes, afin de ne pas menacer l’unité de la nation en lui opposant des « communautés » fondées sur la race, l’ethnie, le genre, la religion etc. Cependant, l’effet pervers de cette « indifférence aux différences » est bien connu, c’est celui de l’indifférence aux discriminations dès lors que c’est au nom de l’égalité en droit qu’on s’interdit de prendre en compte les discriminations de fait (Wieviorka, 1996). Certes les nonBlancs étaient marginalisés et quasi occultés, mais ils n’étaient pas invisibles pour autant : bien au contraire, c’est précisément leur déviance à la norme blanche – celle de la majorité de la population française et celle, implicite, de la francité ellemême – qui les rendaient hypervisibles tout en invisibilisant les discriminations ethnoraciales dont ils étaient les objets….

 

  • HAL CNRS – Archives ouvertes – Travaux scientifiques en accès libre

Marion Dalibert. Un (anti)racisme légitime dans les médias ? . Mouvements, La découverte, 2014, pp.139-147.

Cet article, qui porte sur la médiatisation du mouvement des Indigènes de la République (MIR) de 2005 à 2010, interroge le fonctionnement de l'espace public matérialisé par les grands médias quant aux revendications antiracistes qui peuvent y être portées. Il met en avant que, pour un mouvement social, mettre en cause la responsabilité de la nation dans la production des inégalités, c’est porter un discours indicible dans la sphère publique française et s’exposer à un processus d’altérisation et de disqualification sociale.

 

  • Thèses.fr- Thèses en ligne

 Johany. Vanessa Landaverde

Médias et réseaux socio-numériques des minorités en France : le rôle des médias ethniques et socio-numériques dans la communication et l’intégration des communautés ethniques et immigrantes : le cas de la communauté cap-verdienne, Thèse Info-Com, Université de Nice, 2017

Les médias produits par et/ou pour les minorités ethniques et immigrantes (au sens traditionnel du terme) ont longtemps été l’outil de communication des privilégiés de ces groupes. Avec la démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies dont Internet et le Web, et surtout avec l’expansion des médias socio-numériques, ces minorités ont pu devenir consommatrices mais aussi productrices de contenus numériques. Ces dispositifs leur permettent également de garder le contact avec leurs proches et les membres de leur communauté dans le pays d’accueil. Ces médias revêtent donc aujourd’hui une double fonction : garder le lien avec leur communauté et diffuser des informations présentant un intérêt pour elles…

 

Via le catalogue de la BU, retrouvez les ouvrages et DVD suivants :